Quand tricoter rime avec solidarité

« Ici, on tricote utile » A peu de mots de prêt, c’est la phrase qu’on pourrait trouver écrite sur la porte de l’atelier Tricot Solidaire. Tous les mardis soirs, dans un café parisien, une dizaine de bénévoles aiguilles à la main et pelote de laine sur la table, s’activent pour fabriquer des bonnets, des couvertures, des écharpes, des mitaines et de la layette, pour des hommes et des femmes en galère.


Cet après-midi, j’ai rendez-vous à la Trockette, un café associatif situé dans le 11ème arrondissement de Paris. C’est au bar que je retrouve Marianne et Denise, les fondatrices de l’atelier Tricot Solidaire. C’est dans ce lieu solidaire de la capitale où sont proposés de nombreux ateliers que tous les mardis soirs elles se retrouvent avec une dizaine d’autres bénévoles entre 15h et 18h pour transformer des kilomètres de laine en bonnets, écharpes, mitaines, couvertures ou encore layettes pour bébés. Cela fait maintenant 4 ans que ces passionnées de la pelote confectionnent toutes sortes de créations pour que des personnes dans le besoin puissent avoir chaud. L’histoire de ce « gang de tricoteuses » comme elles aiment se définir, débute donc en 2012 par une rencontre. A l’époque, Delphine coordonne les ateliers prévus dans la programmation du café, elle propose alors à Marianne dont elle connaît l’amour pour les aiguilles et la laine, d’animer sur place un atelier tricot.

L’objectif n’est pas juste de se réunir entre amis et réaliser des tricots pour soi, mais plutôt de tricoter solidaire en donnant le fruit de son travail manuel à des gens en galère via l’association Action Froid qui vient en aide aux plus démunis. Marianne accepte tout de suite le défi lancé par Delphine et s’investit avec passion dans cet atelier. « On travaille en circuit-court, directement du producteur au consommateur » explique en souriant Marianne. Pour elle, cette aventure, c’est d’abord une histoire de cœur. Quand elle évoque sa rencontre avec une jeune femme à qui l’on a donné pour son futur bébé une layette qu’elle avait tricoté, son bonheur est palpable. « Un jour, une future maman est venue au vestiaire, on lui a donné des vêtements et une bénévole lui en a tendu un en lui disant : Marianne a tricoté cette layette pour vous. La jeune femme était émue, on sentait qu’elle était touchée par cette attention. C’était la première fois que je donnais un de mes tricots à une personne dans le besoin. Moi, ça m’a fait du bien… Quand on tricote pour ensuite donner ce qu’on a fait, on se sent utile. Pour moi, c’est faire partie de la solidarité ».

Atelier tricot solidaire
A l’atelier Tricot Solidaire on tricote utile

 

Et parfois même, on partage un peu de l’histoire de vie des autres comme avec le SDF qui a élu domicile devant la devanture de la ressourcerie située juste à côté de la Trockette. C’est avec un grand sourire aux lèvres et de l’émotion dans la voix que Marianne raconte qu’un jour elle a offert à ce monsieur un bonnet qu’elle avait tricoté. Depuis, quelques échanges ont eu lieu. Chaque fois qu’il vient à la Trockette pour lire ou jouer du piano et que Marianne est là, il ne manque pas de lui faire un signe.

« Avant de commencer l’atelier, jamais j’aurai imaginé parler à quelqu’un de la rue, j’aurai eu comme une appréhension, aujourd’hui c’est différent » raconte Marianne avant d’expliquer qu’à l’atelier « Tricot Solidaire », on se fiche pas mal des origines sociales des uns et des autres. « C’est vraiment un temps où les différences s’annihilent. On est toutes là dans le même but. La plupart du temps, on ne connaît pas la vie personnelle de chacune. Ca nous empêche pas de papoter et de prendre le thé ensemble. Il y a des jeunes, d’autres sont plus âgées, certaines travaillent, d’autres sont à la retraite, on a même eu un homme une fois. Il a déménagé mais quand il revient sur Paris, il vient nous faire un petit coucou. On passe un bon moment ensemble, c’est ça le plus important, on mêle l’utile à l’agréable, ça nous apporte un truc en plus. Cet atelier c’est un peu comme un endroit privilégié, presque notre petit jardin secret ». De là, à être addict à l’aiguille et la laine comme Denise, il n’y a qu’un pas… « J’appelle ça mon yoga, mes doigts travaillent et mon esprit vagabonde, ce sont de vrais moments de détente ». Et de création aussi… Il y a même des spécialistes de telle ou telle pièce. Cette année, le « gang des tricoteuses » s’est même lancé dans la réalisation de snoods, ici aussi, on suit les tendances de la mode ! Chacune tricote ce qu’elle veut en fonction de ses envies mais aussi des besoins des bénéficiaires. A l’atelier Tricot Solidaire, la seule limite à la création c’est la laine. « Toute celle qu’on utilise provient des dons qui sont fait à la ressourcerie, on est donc dépendant de ce qu’il y a. Parfois on est obligé de faire des associations de plusieurs laines. C’est la même chose pour les boutons qu’on utilise pour la layette, par exemple. Et puis, selon à qui on destine le tricot, on ne peut pas utiliser n’importe quelle laine. On ne va pas tricoter un gilet en mohair pour un bébé, par exemple, il risquerait de tousser. Il faut aussi penser quand on tricote de la layette, que le vêtement va passer à la machine à laver… » Même si Marianne et Denise ne se définissent pas comme des « pros » du tricot, leur longue pratique dans le domaine leur assure un vrai professionnalisme. Impensable pour elles de donner des tricots mal faits ! On comprend mieux leur exigence quand on sait que leur ambition est, à travers leurs tricots, de rendre une estime d’eux-mêmes aux personnes qui les portent. Il n’y a qu’à regarder le visage du SDF à qui Marianne a offert le bonnet pour être convaincu que le pari est gagné !

Atelier Tricot Solidaire au profit d’Action Froid tous les mardis de 15h à 18h

Café Atelier La Trockette, 125 rue du Chemin Vert, 75011 Paris

Infos : marianne.godin@neuf.fr

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