Et si on se lançait dans la politique ?

« La politique ce n’est pas pour moi, c’est trop compliqué et ça ne sert à rien !» C’est pour tordre le cou à cette idée trop souvent répandue que Christian Proust a décidé d’écrire un « guide pratique pour oser s’impliquer dans la vie politique locale ».

Après 20 ans passé auprès d’élus, maires et présidents de Conseil général, ce féru de politique a eu envie de donner à tous ceux qui souhaitaient s’investir dans la vie politique locale quelques clés pour mieux comprendre et décrypter les arcanes de la vie politique locale.

Dans son livre, cet ancien directeur général adjoint des services des Deux-Sèvres territoire de Belfort propose des pistes d’actions très concrètes pour que chaque citoyen se réapproprie la démocratie.

Rencontre avec un citoyen engagé ancien candidat à des élections municipales puis départementales sur des listes citoyennes.

Les Utopistes Réalistes : Pourquoi avoir choisi d’écrire ce guide pratique ?

Christian Proust : Je supporte de moins en moins les soirées électorales et puis j’en ai marre des gens qui râlent mais qui ne s’engagent pas. J’avais envie de donner un petit coup de punch aux personnes qui avaient envie de s’investir en leur montrant que la politique peut être pour tout le monde et qu’elle peut être faite par tout le monde.

Les Utopistes Réalistes : Un élu, c’est quoi pour vous ?

Christian Proust : Un élu, c’est selon moi quelqu’un qui va entraîner derrière lui les citoyens grâce à une volonté politique très forte. C’est aussi une personne qui va s’engager fortement pour améliorer le quotidien de ses semblables. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’enjeu pour un élu ne réside pas du tout dans son oralité, c’est normalement plutôt quelqu’un qui a le nez dans ses dossiers.

Souvent, les gens considèrent que les élus s’engraissent mais 90% d’entre eux sont des bénévoles. Le problème majeur de notre démocratie est l’accoutumance de l’élu à sa fonction et le cumul des mandats qui en est la conséquence. Ce n’est donc pas juste l’argent qui motive la plupart d’entre eux, mais tout ce qui fait partie du train de vie d’un élu. Il existe tout un tas de récompenses psychologiques qui font qu’on n’a pas envie de lâcher sa place.

Les Utopistes Réalistes : Qu’est-ce qui d’après vous explique le fait qu’aujourd’hui les gens semblent se désintéresser de la chose politique ?

Christian Proust : Selon moi il y a une convergence de deux choses : la « timidité culturelle » et la perte de la foi. Les gens pensent que les choses se jouent ailleurs, dans une sphère à laquelle ils n’appartiennent pas et que toutes les décisions se prennent au-dessus de leur tête. En fait, on inculque aux citoyens que faire de la politique est réservé aux lettrés, à ceux qui ont fait certaines études, à ceux qui parlent bien, à certaines classes sociales et réseaux, et donc, beaucoup se sentent exclus. Petit à petit, cette culture s’est imposée au sein de la société et a été happée par ceux qui sont aux commandes. C’est comme s’il existait une cosanguinité politique obligatoire. Du coup, les gens pensent que la politique ce n’est pas pour eux.

Les Utopistes Réalistes : Selon vous, que faut-il faire pour changer ce ressenti ?

Christian ProustC’est une nouvelle culture politique qu’il faut promouvoir. Beaucoup d’entre eux pensent aussi que faire de la politique et avoir une fonction au sein d’une mairie nécessite de posséder certaines compétences techniques assez pointues, or ce n’est pas une condition indispensable ! On a trop souvent tendance à confondre le rôle d’élu avec celui d’expert. On ne demande pas à un homme ou une femme politique d’être compétent en bitume mais d’avoir un point de vue et de circonscrire les enjeux et les conséquences du projet de rocade. On ne leur demande pas d’avoir une connaissance parfaite de la façon dont se rédige un budget, mais de l’équilibrer et de rechercher toutes les ressources possibles. Il faut atténuer ce complexe d’infériorité ressenti par beaucoup de citoyens pour permettre le passage à l’acte. Le plus important, c’est de les rassurer !

Les Utopistes Réalistes : Pensez-vous que l’engagement collectif est mort ?

Christian Proust : Ce n’est pas parce que de plus en plus de gens ne vont plus voter qu’ils ne s’intéressent pas à la politique. Beaucoup de personnes se sentent encore concernées par la chose politique. Notre démocratie représentative est très abîmée. Nos députés ont été élus par 20 à 25 % de leurs électeurs, ça pose effectivement question sur la réalité de leur représentation et sur l’état de notre démocratie…

Les Utopistes Réalistes : Comment peut-on permettre aux citoyens de se réapproprier la politique ?

Christian Proust : De mon point de vue, la première étape passe par la pédagogie. En fait, il faudrait pouvoir initier les enfants à l’activité politique dès leur plus jeune âge en leur permettant par exemple de participer à des décisions politiques. Certaines collectivités ont déjà mis en place des conseils d’enfants ou de jeunes depuis plusieurs années. Ca fonctionne dès lors qu’une vraie place leur est faite au sein de la gestion de la commune et que leur avis est vraiment pris en compte. Il faudrait qu’il y ait davantage encore de collectivités qui mettent en place ce type d’initiatives.

D’une façon générale, si l’on veut aider notre démocratie, les élus doivent ouvrir portes et fenêtres aux citoyens, leur permettre de s’impliquer réellement dans la vie politique, ne pas les oublier dès le soir des élections.

Les Utopistes Réalistes : Dans votre livre, vous écrivez qu’il est urgent de déclarer « l’état d’urgence démocratique » qu’entendez-vous par là ?

Christian Proust : La colère des gens qui s’exprime à travers l’abstention est pour une forte part due aux pratiques politiques de plus en plus détestées par nos concitoyens. J’ai envie de dire aux gens : n’attendez pas que la politique change par le haut, agissez, sinon rien ne changera ! Ainsi, par exemple, la loi sur le non-cumul des mandats en préparation ne concernera que 3% des maires. Quant aux députés, après trois mandats, ils pourront devenir sénateurs ou bien présidents d’un département, d’une région etc.

La seule issue selon moi, pour éviter tous les extrémismes, c’est de se regrouper entre citoyens et de s’engager aux prochaines élections municipales avec la volonté de changer radicalement les pratiques politiques locales, puis essayer de contaminer tout l’édifice. Ce sont les élus locaux qui élisent les sénateurs, ne l’oublions pas.

Les Utopistes Réalistes : Comment constituer des regroupements citoyens ?

Christian Proust : Avant toute chose, et notamment avant de définir un programme, il faut s’entendre sur les valeurs qui les rassemblent et sur les méthodes qu’ils veulent utiliser pour « gouverner » la commune. Peu importe la couleur politique de chacun, l’important est de constituer une charte qui fonde les points d’accord. S’ils souhaitent que la collectivité ait un fonctionnement très « démocratie participative », alors ils doivent élaborer leur programme dans une démarche de concertation avec la population tout au long de la campagne électorale et donc s’y prendre très tôt, au moins un an avant l’échéance. Le fonctionnement pendant cette période doit signifier ce que sera celui du mandat en cas de succès.

Les Utopistes Réalistes : Que faut-il pour qu’un collectif citoyen fonctionne ?

Christian Proust : Il faut d’abord quelques personnes parfaitement d’accord pour inventer ensemble une nouvelle culture politique et qui s’engagent lourdement. Un collectif citoyen devra s’appuyer sur des méthodes d’éducation populaire pour développer la participation, solliciter des gens dans les quartiers, leur donner envie, savoir les écouter et produire ensemble un programme et une dynamique.

En terme de temps, la participation citoyenne est un engagement très chronophage mais qui est extrêmement efficace. Une fois élus, cela permet de prendre des décisions qui sont mieux ancrées aux besoins réels, mieux comprises et donc mieux appliquées.

Les élections municipales, un enjeu pour les listes citoyennes

Les Utopistes Réalistes : Dans la deuxième partie de votre livre, vous décrivez cinq initiatives communales et innovantes. Qu’est-ce que ces expériences hexagonales ont-elles en commun ?

Christian Proust : Elles sont là pour donner envie de s’engager. Ce sont toutes des utopies que la politique locale a transformé en réalités et elles ont changé profondément le quotidien des habitants. Quand la volonté est forte et constante, la politique locale, ça peut être redoutablement efficace.

Les Utopistes Réalistes : Quels sont vos souhaits pour les prochaines élections municipales de 2020 ?

Christian Proust :Que de nombreux citoyens prennent conscience de la gravité de la situation, qu’ils s’engagent à transformer profondément les pratiques politiques en prenant un contre-pied radical par rapport aux vieilles habitudes de la vieille politique. Et surtout, qu’ils partagent le plus largement possible cette idée toute bête : « la démocratie leur appartient ! »

Guide pratique pour oser s’impliquer dans la vie politique locale de Christian Proust aux éditions Rue de l’échiquier, 19 euros

www.christian-proust.fr

Corine Carré

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