Etudiant(e) troque chambre à Rennes contre chambre à Marseille

Comment se loger gratuitement quand on est étudiant? C’est la grosse question que chaque année beaucoup d’entre eux se posent. Karine et Anne ont crée le site Troc ta chambre, une plateforme destinée à permettre l’échange de chambres entre étudiants.

Fondé par Karine Pathinvo et Anne Gestin, le site Troc ta chambre est destiné à tous ceux et à toutes celles (ils sont nombreux!!) qui chaque année doivent faire face à la galère de trouver un logement destiné à les accueillir le temps de leurs études. Principal obstacle en cause : le prix souvent exorbitant des loyers proposés pour parfois des surfaces très petites. Une politique de l’offre et de la demande à laquelle Karine a été confrontée alors qu’elle souhaitait poursuivre ses études à Londres. C’était il y a un peu plus de 10 ans maintenant. A l’époque, la jeune française a 18 ans et elle vient d’achever une année en tant que fille au pair outre-manche. Conquise par le pays, elle décide de rester un an de plus, mais cette fois-ci en tant qu’étudiante. Commence alors pour elle une longue période de recherche destinée à trouver un logement en adéquation avec son budget d’alors. Après quelques temps, elle doit se rendre à l’évidence : trouver un logement convenable à un prix décent est mission impossible. Sans emploi et sans possibilité d’aide financière de la part de sa famille, elle se résoud alors à quitter le pays, direction, la France. Fataliste mais déçue, elle fait le choix de poursuivre ses études dans l’hexagone. 10 ans après, alors qu’elle travaille en tant que chargée de développement au sein d’une association en lien avec l’Afrique, elle rencontre Anne, alors bénévole dans la structure. C’est à ce moment là que cette mère de famille lui explique que sa fille aînée Coline, vient d’être admise à l’IUT de Sceaux en région parisienne. Problème, ils habitent en Ile-de-France à Montreuil, soit un trajet aller-retour évalué quotidiennement pour Coline à 3 heures ! Anne se tourne alors vers la location d’un logement mais très vite, elle se voit contrainte d’y renoncer, elle est dans l’incapacité de pouvoir débourser chaque mois 800 euros uniquement pour le loyer de sa fille. Finalement, pendant les deux années que dureront ses études, Coline fera le trajet Sceaux-Montreuil tous les jours.

Chaque année, 1 étudiant sur 2 a besoin de se loger

Fatigue, temps de travail consacré à la réussite de ses études diminué, choix du lieu où étudier limité… La liste des conséquences provoquées par l’absence de logement quand on est étudiant est longue ! « En discutant avec Anne, je me suis rendue compte que 10 ans après mon retour, les choses n’avaient finalement pas évolué et qu’il était manifestement toujours aussi difficile pour les étudiants de se loger. Cela d’autant plus que seulement 10% d’entre eux se voient chaque année octroyer un logement par les régions via le CROUS (Centre Régional des Oeuvres Universitaires et Scolaires). Avec Anne, on a beaucoup parlé et on s’est dit qu’il fallait essayer de faire quelque chose. On a d’abord commencé par faire une étude de marché. Celle-ci a notamment mis en évidence le fait qu’en France sur les 850 000 étudiants comptabilisés chaque année, 1 sur 2 avaient besoin de trouver un logement. Quand ils en trouvaient un, celui-ci représentait en moyenne 55 % de leur budget. Du coup, d’après nos recherches, 1 étudiant sur 2 était obligé de travailler en même temps qu’il suivait ses études. Pour 1/3 d’entre eux, cette situation nuisait à la réussite de leur parcours étudiant » explique Karine. Des chiffres d’autant plus préoccupants qu’ils seraient environ 20 % à vivre sous le seuil de pauvreté.

Anne Gestin et Karine Pathinvo, les créatrices de Troc ta chambre

Alors qu’elles sont à la recherche d’un concept destiné à apporter une réelle réponse permettant à ce problème de logement abordable, la solution leur apparaît comme évidente quand Anne dit : « si j’avais trouvé une chambre pour Coline, j’aurais pu proposer la sienne à un autre étudiant ». Pour elle et Karine, c’est le déclic. L’idée d’échanger sa chambre contre une autre située là où on fait ses études est selon elles, la solution qui va pouvoir aider les étudiants à se loger plus facilement sans la barrière financière. Un des freins auquel elles se confrontent alors quand elles évoquent l’idée d’un troc de chambre est le désir de certains parents de mettre la chambre vide de leur enfant étudiant en location. « Je leur explique que leur valeur ajoutée, c’est la chambre dont ils disposent et pas l’argent que potentiellement ils pourraient gagner en la louant. Je leur dit que ce montant ne couvrira de toute manière pas les frais liés aux dépenses de leur enfant, lui aussi étudiant ».

Des partenariats développés avec des écoles et des universités

Pour les deux femmes, le fait qu’il n’y ait pas d’argent en jeux change la façon dont chacun envisage les choses et ouvre des perspectives beaucoup plus importantes de trouver un logement étudiant. « Le concept qu’on a développé intéresse beaucoup, il y a une forte d’adhésion. On a d’ailleurs développé des partenariats avec des écoles et des universités » explique Karine. Et pour ceux qui n’auraient pas de chambre à échanger, Anne et Karine proposent l’échange de services. Du baby-sitting en passant par du soutien scolaire ou du jardinage, tout est possible dès lors que les choses sont définies entre les deux parties d’un commun accord. « Cela permet d’intégrer tout le monde sans forcément proposer en matière d’échanges de services, que du logement inter-générationnel. Une mère célibataire peut être par exemple très intéressée par quelques heures de baby-sitting contre l’occupation d’une chambre vide chez elle. Pour beaucoup d’étudiants étrangers qui nous contacte, c’est aussi pour eux, une occasion de retrouver l’ambiance d’une vie familiale qu’ils ont quitté en venant étudier en France » explique Karine. Pour l’étudiant ou la famille candidate à un échange de logement, il est essentiel pour elle de faire connaissance avec eux dans le simple but notamment de sécuriser la plateforme de Troc ta chambre. « Nous demandons entre autre à l’étudiant un document justifiant son inscription à un parcours scolaire, c’est une garantie pour la famille qui l’accueille d’avoir bien à faire à un étudiant, et pas par exemple, à un jeune actif qui aurait des difficultés à se loger. Nous sommes très vigilantes sur les profils proposés dans les annonces que nous publions ».

Des chambres proposés partout en France

Pour ce qui est de la localisation géographique, Troc ta chambre proposent des annonces aux quatre coins de l’hexagone. Parmi le palmarès des villes les plus demandées on trouve Rennes, Marseille, Montpellier et Lyon. Une situation qui s’explique par le fait que la population étudiante de ces grandes métropoles bougent beaucoup plus que Paris par exemple, où les étudiants auraient plus tendance à être sédentaires. Pour autant, la multiplicité des situations étudiantes ne limitent pas les possibilités d’échanges de chambres aux seules grandes villes. Parfois aussi les villes plus petites ou même certaines localités situées en milieu rural peuvent faire l’objet de demande de logement de la part d’étudiants effectuant un stage dans des entreprises basées loin des centres ville, par exemple. Petite précision utile : les échanges ne sont pas obligatoirement unilatéraux. Un étudiant qui part étudier à Tours peut laisser sa chambre à un étudiant lillois qui lui-même prêtera sa chambre à un étudiant originaire d’une autre ville.

Lancé en début d’année, le site Troc ta chambre compte aujourd’hui 150 inscrits. Un chiffre qui devrait rapidement augmenter avec la fin de l’année qui approche et tous les futurs étudiants qui, le bac en poche, vont quitter leur ville pour aller poursuivre leurs études sous d’autres latitudes.

www.troctachambre.com

Corine Carré

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *