Et si on mettait la culture en paniers?

On connaissait déjà le principe des paniers de fruits et légumes à commander et à venir récupérer directement chez son maraîcher, et bien voici maintenant le panier culturel ! Inspiré du concept pratiqué dans les AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), l’idée de l’association Kilti est de permettre à tout un chacun un accès à la culture en circuit-court. Tous les 3 mois, un nouveau panier est proposé pour un coût entre 15 et 49 euros. Un bon moyen de soutenir les artistes locaux et de participer au bouillonnement culturel local.

Cette idée géniale de proposer la culture en circuit-court est née il y a trois ans dans la tête d’ Antoine Manier, d’Hélène Marchal et de Laudine Verbraeken. Très engagés dans l’économie responsable, ces trois amis ont eu envie de monter un projet axé sur la culture et la citoyenneté dont l’idée serait de soutenir la création artistique locale et les lieux culturels locaux. Donner à ces acteurs une plus grande visibilité et leur offrir un moyen de s’exprimer par le langage artistique constituent le fil rouge de l’initiative qu’ils souhaitent mettre en place. En 2014, après avoir réfléchi à la forme qu’ils souhaitent donner à leur projet, ils créent dans la ville de Lille, l’association Kilti. Leur objectif est, à travers cette structure, d’amener le plus grand nombre de personnes vers la culture, et cela, sans distinction de parcours, d’origine culturelle, de catégorie socioprofessionnelle, d’éloignement géographique ou encore d’âge. Pour les fondateurs de Kilti, il s’agit de permettre aux petits et grands de découvrir l’offre culturelle (souvent très riche) qui est proposée dans leur environnement proche et du coup, de faire une passerelle entre les artistes et le public.

Sortir de sa zone de confort culturel et découvrir d’autres formes d’art.

« En fait, il y a deux types de personnes qui consomment la culture. Il y a les passionnés qui, bien souvent, choisissent de faire toujours un peu les mêmes choses en se rendant dans les mêmes types de vernissage et en côtoyant les mêmes artistes… Et puis, il y a ceux qui ne sont pas dans la culture et qui, eux, ne savent pas forcément quoi faire, où aller. Pour beaucoup d’entre eux, ce monde des arts est un univers un peu hermétique, lointain. Le rôle de Kilti est de prendre les gens par la main et de les emmener découvrir des choses qu’ils ne connaissent pas et que, seuls, ils ne seraient peut-être jamais aller voir. Notre objectif est de leur permettre de sortir de leur zone de confort culturel en leur disant : faites-nous confiance » explique Jessica Poignard, la responsable de Kilti Strasbourg qui a ouvert ses portes en octobre dernier.

C’est pendant qu’elle vivait à Lille qu’elle a rencontré Laudine, l’une des créatrices de Kilti. Passionnée toutes les deux d’art et de culture en général, elles sont devenues au fil du temps passé ensemble, amies. Alors tout naturellement, quand Jessica est revenue il y a 9 mois sur Strasbourg, sa ville natale, c’est avec enthousiasme et bonheur qu’elle a accepté la proposition de Laurine d’ouvrir une antenne dans la capitale alsacienne. « En Alsace, l’offre culturelle est très importante et très variée, il y en a pour tous les goûts que ce soit dans le domaine de la musique, du spectacle vivant, des arts graphiques, de la vidéo, de la danse, de la photographie ou encore de la littérature… ».

Depuis sa création, Kilti a touché près de 4 000 personnes.

En proposant des paniers mêlant toutes sortes de formes d’art, même parfois les plus émergentes, Kilti se félicite de pouvoir donner la parole à des artistes dont l’accès peut parfois paraître confidentiel. Chez Kilti, la culture s’écrit avec un C majuscule en proposant à tous ceux qui le souhaitent une véritable alternative pour découvrir la richesse de son territoire et favoriser l’itinérance des publics. Une mission facilitée par une réelle exigence en ce qui concerne la programmation proposée aux acheteurs des paniers. Si le choix des artistes invités à entrer dedans reste une décision subjective prise par les responsables de l’association, il ne se fait pas au hasard. « C’est une histoire de rencontre, de feeling entre eux et nous. Le fait qu’on commence à être connu encourage certains artistes à prendre directement contact avec nous pour nous proposer d’intégrer leurs créations au catalogue de nos paniers » raconte Jessica.

En 3 ans, Kilti a soutenu plus de 150 projets artistiques, 150 lieux culturels et touché plus de 4 000 personnes

Le vrai plus que permet aussi Kilti, c’est la mise en relation directe entre les artistes et le public qui a choisi de les soutenir. Ce contact a lieu lors de la cérémonie de distribution et de remise des paniers qui se déroule tous les trois mois à raison de quatre paniers par an. Cette soirée est l’occasion pour chacun de se rencontrer et d’échanger. Souvent aussi, c’est le temps pour les acheteurs d’affiner le choix des sorties culturelles inclues dans le prix du panier. « Quand les gens ont du mal à se décider sur les spectacles auxquels ils souhaitent assister, le rôle des bénévoles de Kilti qui assurent l’organisation de la soirée est de les aiguiller en leur suggérant par exemple d’aller voir une exposition plutôt que d’aller comme ils ont l’habitude de le faire, assister à un concert. L’avantage c’est que le contenu du panier n’est pas nominatif, du coup, on peut aussi donner les places achetées à qui on veut et faire plaisir autour de soit » explique Jessica avant de mettre l’accent sur l’importance de pouvoir, au cours de ces soirées, rencontrer les artistes à qui on a acheté une œuvre. « Cela permet de briser les frontières qui parfois existent entre le créateur, son œuvre et le public. Notre objectif est de sensibiliser les personnes à la variété des pratiques et des formes. A ce moment là, les artistes sont vraiment disponibles pour eux, ils sont venus pour les rencontrer et parler de leur travail. On souhaite vraiment être dans une démarche d’accompagnement et de co-construction avec le public et les artistes » explique Jessica.

A Kilti, la culture s’écrit avec un C majuscule.

Une bonne manière selon les fondateurs de Kilti de désacraliser certaines pratiques et en valoriser d’autres. Un concept qui plaît et qui attire de nombreux artistes puisque depuis la création de l’association en 2014 plus de 150 projets artistiques ont été soutenus ainsi que plus de 150 lieux culturels partenaires. Quant au public, il est lui aussi, plutôt séduit. En 3 ans d’existence, Kilti a réussi à toucher plus de 4 000 personnes dont 350 personnes en situation de précarité. Avec l’association, la culture s’invite aussi dans les entreprises. Kilti propose en effet à toutes les structures qui le souhaitent des paniers culturels à leurs salariés.

Une politique tarifaire adaptée pour permettre un accès à la culture au plus grand nombre

En faisant le choix de créer un réseau de partenaires artistiques et culturels durable, l’association souhaite permettre à des artistes locaux de vivre de leur art tout en impliquant le public, via son achat, dans le développement de la vie artistique et culturelle locale. Pour ce qui est du prix du panier (compter entre 15 et 49 euros), il se décline selon trois formules en fonction de l’importance du contenu choisi. Afin d’être cohérent dans sa volonté de permettre un accès à la culture au plus grand nombre, Kilti a récemment mis en place une politique tarifaire adaptée permettant aux demandeurs d’emploi, aux étudiants boursiers et aux bénéficiaires du RSA de bénéficier d’une réduction sur le prix des paniers (32 euros au lieu de 49 euros).

Que contiennent les paniers ? 1 sac sérigraphié, 1 ou 2 œuvres culturelles ou artistiques, 1 ou 2 sorties culturelles pour 2 personnes et 1 invitation à la soirée de remise des paniers qui se déroulent chaque fois dans un lieu dédié, bien sûr, à la culture ! Pour ce qui est des places de spectacle, un choix parmi plusieurs spectacles est proposé, ce qui laisse à chacun la possibilité de se faire plaisir. Et pour tous ceux qui ne pourraient pas assister à la soirée de remise des paniers, il y a toujours moyen de se faire livrer soit par la poste, soit en relais-colis. Pas obligé donc d’habiter Lille, Paris, Bruxelles ou Strasbourg, lieux où se trouvent les antennes locales, pour se faire du bien aux neurones et découvrir pleins de formes de culture différentes.

Envie de tester le panier culturel ? Les inscriptions pour le prochain panier sont ouvertes sur le site jusqu’au 20 février en attendant la soirée de remise qui devraient avoir lieu dans les antennes locales de l’association aux alentours de mi-mars.

www.kilti.fr

Corine Carré

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *