25 000 kilomètres à vélo sur la route la plus longue de la planète

Elle, était journaliste à M6, lui, était directeur d’un magasin de vêtements et d’équipements de plein air. En juin dernier, Jérémie et Sophie ont décidé de tout plaquer pour partir pédaler en duo sur la route la plus longue de la planète. Un voyage de 18 mois qui leur fera parcourir 25 000 kilomètres de l’Alaska jusqu’à la Patagonie et traverser 16 pays. Un défi fou et un challenge humain suivi par plus de 3 500 élèves en France, mais aussi en Egypte et au Mexique. Rencontre par Skype avec Sophie et Jérémy depuis Portland, dans l’Oregon aux Etats-Unis.

Alaska-Patagonie, l’aventure de tous les possibles

2 ans, c’est le temps qui aura été nécessaire à Jérémy et Sophie pour préparer leur incroyable aventure. Globe-trotter chacun de leur côté, ils ont déjà à leur actif plusieurs carnets de voyages bien remplis. Si Sophie a déjà bourlingué à travers de nombreuses régions et pays du monde dont l’Asie et l’Afrique, Jérémy a quant à lui, déjà réalisé par le passé plusieurs exploits sportifs dont le tour de Nouvelle-Zélande à vélo, la traversée des Pyrénées à pied ou encore un périple, toujours à pied, entre la France et Istanbul. En tout, son podomètre affiche plus de 20 000 kilomètres ! Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que le couple décide d’entreprendre cette fois-ci un voyage en duo. Quand on leur pose la question de ce qui les a conduit à choisir cet itinéraire de voyage, ils répondent simplement qu’ils ne connaissaient pas l’Amérique du Sud et l’Amérique Centrale… De là à décidé de parcourir 25 000 kilomètres à vélo il n’y a qu’un pas ou plutôt, un coup de pédale.

Le voyage à vélo, c’est un aussi un voyage spirituel

« Si on avait réalisé ce périple à pied, on aurait mis 4 ans et demi, même si tous les deux on adore ce moyen de déplacement, on n’avait pas forcément envie de consacrer autant de temps de notre vie à ce projet. On a pensé que le moyen de transport offrant le meilleur compromis pour effectuer un voyage lent et non polluant était le vélo. A travers ce voyage, Jérémy et moi avions vraiment envie de limiter au maximum notre impact sur l’environnement. Je suis convaincue que transmettre un message vert est aujourd’hui indispensable. Un des avantages du vélo, c’est aussi son côté hypnotisant. C’est un peu comme vivre un retour aux sources sur le plan physique mais aussi spirituel, on devient de plus en plus sage » explique Sophie. Ok pour le vélo mais pour les 25 000 kilomètres alors ? « La distance ne nous a pas fait peur. 25 000 kilomètres ne faisait pas parti de notre vocabulaire de l’impossible. On n’a pas voulu non plus trop penser à tout ce que ce voyage allait impliquer pour nous comme conséquence notamment physiques. On avait vraiment envie de prendre les choses petit à petit en acceptant les surprises et en se disant que ça faisait parti du jeu même si pendant 2 ans on a préparé avec beaucoup de rigueur et de sérieux notre voyage » explique Jérémy. Une préparation d’autant plus compliquée que le couple a souhaité faire ce voyage uniquement grâce à un autofinancement. Une cagnotte totale de 30 000 euros réunie à force d’économie et de repas composés principalement de pâtes comme aime à le rappeler Jérémy ! Si l’idée de faire une campagne de financement participatif pour aider à financer leur projet leur a un moment effleuré l’esprit, ils ont finalement préféré se tourner vers la recherche de partenaires. L’idée était d’obtenir des dons de matériel pour leur permettre d’avoir des équipements de qualité durable mais aussi réparable. Au total, ils ont réussi a décroché pour plus de 7 000 euros de dons en matériel. « On peut faire des longs voyages avec un vélo à 50 euros, mais là on avait vraiment envie d’avoir des vélos qui nous permettait de rouler en sécurité. Du coup, on a opté pour des vélos en fer assez lourds mais qui sont super flexibles et qui offrent surtout l’énorme avantage de pouvoir être soudés et résistants à tout ce qu’il y a cassure » précise Jérémy.

En France, mais aussi en Egypte et au Mexique, de nombreux écoliers suivent les aventures de Sophie et Jérémy

Plus de 3 500 élèves suivent leur aventure

Si dans l’aventure de Sophie et Jérémy il y a bien quelque chose de solide qui ne casse pas, c’est bien le lien qu’à travers leur projet ils ont réussi à créer avec plus de 3 500 élèves français mais aussi mexicains et égyptiens! Tout a commencé lorsque Jérémy et Sophie ont parlé de leur projet de voyage à des amis enseignantes. Immédiatement, elles ont été séduites par l’intérêt pédagogique d’une telle aventure et ont demandé au couple de suivre avec leurs élèves leur périple. Un engagement pris très au sérieux par les deux cyclistes qui décident alors de partir faire avant leur départ pour l’Alaska, un tour de France des écoles pendant trois mois pour présenter leur projet. Ils décident aussi alors de créer « Parcours La Planète », une association dont l’objectif est de faire la promotion du voyage, du respect de la nature, du dépassement de soi et du partage des connaissances à travers des aventures et des récits de voyages sous différentes formes.

En étant en relation avec les élèves, Jérémy et Sophie souhaitent leur permettre d’apprendre en s’amusant à partir d’exemples concrets en leur montrant le monde et la nature sous un autre jour. L’idée est que les enfants puissent faire des mathématiques, de l’histoire, de la géographie, de l’expression orale mais aussi, par exemple, apprendre à se servir d’internet. « On a commencé notre voyage avec 2 500 élèves et aujourd’hui, 6 mois après notre départ, ils sont 1 000 de plus à suivre notre aventure. Le fait que nous puissions inclure dans notre projet un autre projet de ce type nous intéressait énormément. Ce qu’on voulait c’était de pouvoir vraiment tisser des liens avec les élèves et d’apporter de la matière et du contenu pédagogique aux enseignants à travers notamment les vidéos qu’on réalise et qu’on diffuse sur notre chaîne You Tube. On communique avec les classes via Skype ou par mail. On fait vraiment un effort pour répondre à leurs questions et créer des interactions entre les élèves et nous. Une fois par mois, on fait une pause de quelques jours pour permettre notamment de pouvoir entrer en lien avec eux. On n’a pas envie d’être juste des personnages sur la toile, mais vraiment des personnes avec qui ils peuvent discuter, partager. Ce qui nous intéresse aussi c’est de montrer à quel point notre planète est belle et précieuse. Concrètement dans la vie, on défend ce que l’on aime et on aime ce que l’on comprend. On a donc envie de sensibiliser tous ces élèves à la nécessité de préserver la planète! Ces échanges n’ont pas de prix, on est super content de ce qui se passe entre les enfants, les enseignants et nous. Le message qu’on a envie de transmettre aux élèves c’est croyez en vos rêves » raconte Sophie.

« Notre motivation est plus forte que le monde entier »

Et même si parfois le rêve tourne au cauchemar comme lors de l’accident de vélo que Sophie a eu sur la Dalton Highway, la première grande étape de leur aventure. Une mauvaise rencontre avec un camion, et c’est l’accident. Bilan : une épaule fracturée, de la mécanique à réparer et 6 semaines de repos forcé en Alaska ! Une belle frayeur qui n’a pas entamé la motivation et la détermination du couple malgré le fait qu’à ce moment là, le couple était à 500 kilomètres d’une ville, perdu au milieu de nul part. « Ce qui m’a le plus marqué dans l’accident de Sophie, c’est notre réaction à tous les deux. On a pris une semaine pour décider si on continuait ou si on arrêtait notre voyage là. Sophie souffrait d’un traumatisme crânien et d’une épaule cassée. On a finalement décidé de poursuivre notre aventure. Depuis, notre motivation est plus forte que le monde entier » raconte Jérémy. « On a décidé de repartir des lieux de l’accident pour en faire le deuil. Ca a agit sur nous comme une thérapie, ça m’a fait un bien fou, on a pu tourner la page » explique Sophie. Aujourd’hui quand on leur demande les expériences qui jusqu’à présent, les ont le plus marqué depuis le début de leur aventure, la réponse est celle-ci : « Ce n’est pas un endroit particulier qui nous a marqué plus qu’un autre, ce n’est même pas quelque chose de palpable, c’est en fait le ressenti de ce qui nous entoure qui  nous émeut le plus. Nos sens sont aiguisés après 6 500 kilomètres et la géographie qui défile sous nos roues et nos efforts nous parle. Son message est fort! Ce message c’est celui de la terre, de la roche, de la croûte terrestre, de la plaque nord-américaine et de cette fracture gigantesque qu’est le cercle de feu. C’est celui d’un mouvement à travers la géographie, du nomadisme ».

Même s’il leur reste encore de longs mois de voyage, les deux cyclistes ont déjà réfléchi à la façon de continuer à faire vivre leur aventure à leur retour. « Notre objectif à notre retour est de continuer à faire exister cette structure. On croit beaucoup à la valeur ajouté pédagogique de notre projet pour les enseignants et les élèves. On a envie de continuer à vivre l’aventure avec eux en faisant notamment un bilan de ce qu’on a pu leur apporter et de quelle manière ça leur a servi » raconte Sophie qui avec Jérémy n’exclue pas de réaliser un documentaire sur leur extraordinaire périple et de faire un grand tour de France des écoles à vélo pour le présenter à tous celles et ceux qui les auront suivi. Une manière pédagogique et humaine de boucler la boucle !

Corine Carré

Crédit photos : alaska-patagonie

Pour suivre les aventures de Sophie et Jérémy rendez-vous sur leur site : 

www.alaska-patagonie.com

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